Des taches brunes, mal délimitées, apparues sur les pommettes, le front ou la lèvre supérieure, souvent pendant une grossesse ou après le début d'une pilule, qui foncent dès le retour des beaux jours : c'est le mélasma.
Il n'a rien d'une simple tache de soleil. C'est une hyperpigmentation à double moteur, hormonal et solaire, ce qui explique à la fois sa survenue et sa tendance tenace à revenir. Le comprendre change complètement la stratégie de soin.
Sans protection solaire stricte, aucun traitement du mélasma ne tient dans la durée.
Une fabrique de pigment trop active
Dans le mélasma, les mélanocytes, ces cellules qui fabriquent le pigment, sont hyperactifs. Le phénomène met en jeu un dialogue entre les mélanocytes, les kératinocytes, les vaisseaux du derme et certaines cellules inflammatoires. Le rayonnement ultraviolet endommage l'ADN des cellules de l'épiderme et déclenche la libération de signaux qui poussent les mélanocytes à produire davantage de mélanine. Dans la peau atteinte, les récepteurs aux œstrogènes sont fortement exprimés, ce qui rend ces cellules particulièrement réactives aux hormones et au soleil. C'est cette double sensibilité qui distingue le mélasma d'une pigmentation banale.
Soleil et hormones, les deux déclencheurs
Le soleil est le facteur d'entretien numéro un. Mais l'ultraviolet n'est pas seul en cause : la lumière visible, notamment la part bleue émise aussi par le soleil, stimule la pigmentation chez les peaux pigmentées. C'est pourquoi un écran classique transparent ne suffit pas toujours. Côté hormones, la grossesse, qui lui vaut le surnom de « masque de grossesse », et les contraceptifs œstroprogestatifs sont des déclencheurs reconnus. Cette dépendance hormonale explique pourquoi le mélasma touche surtout les femmes en âge d'avoir des enfants et pourquoi il peut s'atténuer après l'accouchement ou l'arrêt de la pilule, sans pour autant disparaître seul.
À ne pas confondre avec une cicatrice
Le mélasma se distingue de l'hyperpigmentation post-inflammatoire, ces taches qui restent après un bouton, une piqûre ou une irritation. Cette dernière est une réaction localisée à une agression précise et tend à s'estomper d'elle-même avec le temps. Le mélasma, lui, est diffus, symétrique, entretenu par les hormones et le soleil, et il récidive. Cette distinction est essentielle : un soin trop agressif, censé « gommer » la tache, peut au contraire enflammer la peau et aggraver durablement un mélasma.
Les actifs qui ont fait leurs preuves
La protection solaire n'est pas négociable, et un écran teinté contenant des oxydes de fer est ici un vrai atout : ces pigments bloquent une partie de la lumière visible. Un essai randomisé a montré qu'un écran couvrant aussi la lumière visible prévenait mieux les rechutes qu'un écran ultraviolet seul.
L'acide tranexamique, dérivé d'un acide aminé, agit en freinant les signaux qui stimulent les mélanocytes. Par voie orale, sur prescription, il a montré dans des synthèses d'essais une réduction significative de la sévérité du mélasma ; il existe aussi en application locale. L'acide azélaïque à 20 % cible les mélanocytes hyperactifs et constitue une option locale bien tolérée, avec une efficacité comparable à des références classiques de dépigmentation. La niacinamide complète utilement la routine en limitant le transfert du pigment vers les cellules de surface, avec un profil de tolérance favorable.
Pourquoi il récidive
Le mélasma est une affection chronique : on l'estompe, on ne l'efface pas définitivement. La moindre exposition non protégée, une nouvelle grossesse ou la reprise d'un traitement hormonal peuvent relancer la pigmentation. C'est pourquoi la prise en charge se pense sur le long terme, avec une photoprotection quotidienne maintenue même en hiver et même par temps couvert, et un entretien des actifs après l'amélioration initiale. Les attentes doivent rester réalistes : l'objectif est un éclaircissement net et durable, pas une disparition garantie.
L'approche Paradermia
Notre pharmacienne construit une routine adaptée à votre phototype et à la sensibilité de votre peau, autour d'un principe simple : la photoprotection d'abord, les actifs ensuite. Concrètement, un écran à large spectre couvrant aussi la lumière visible, posé chaque matin, puis des actifs dépigmentants doux comme l'acide azélaïque ou la niacinamide, introduits sans brusquer la peau pour ne pas réveiller l'inflammation. Lorsque le mélasma est étendu ou résistant, nous vous orientons vers un avis médical, car l'acide tranexamique oral relève de la prescription.
Questions fréquentes
Le mélasma peut-il partir tout seul après la grossesse ?
Il peut s'atténuer après l'accouchement ou l'arrêt d'un traitement hormonal, mais il disparaît rarement complètement seul. Sans photoprotection rigoureuse, il a tendance à persister ou à revenir.
Un écran solaire transparent suffit-il ?
Pas toujours. La lumière visible stimule aussi la pigmentation. Un écran teinté contenant des oxydes de fer protège mieux contre cette part du spectre et aide à prévenir les rechutes.
Mélasma et taches après un bouton, est-ce pareil ?
Non. La tache qui suit un bouton est une hyperpigmentation post-inflammatoire localisée, qui s'estompe souvent seule. Le mélasma est diffus, symétrique, entretenu par les hormones et le soleil, et il récidive plus facilement.
Sources
- Konisky H, et al. (2023). Tranexamic acid in melasma: a focused review on drug administration routes. J Cosmet Dermatol. doi:10.1111/jocd.15589
- Bala HR, et al. (2018). Oral tranexamic acid for the treatment of melasma: a review. Dermatol Surg. doi:10.1097/DSS.0000000000001518
- Boukari F, et al. (2015). Prevention of melasma relapses with sunscreen combining protection against UV and short wavelengths of visible light: a prospective randomized comparative trial. J Am Acad Dermatol. doi:10.1016/j.jaad.2014.08.023
- Castanedo-Cazares JP, et al. (2014). Near-visible light and UV photoprotection in the treatment of melasma: a double-blind randomized trial. Photodermatol Photoimmunol Photomed. doi:10.1111/phpp.12086
- Verallo-Rowell VM, et al. (1989). Double-blind comparison of azelaic acid and hydroquinone in the treatment of melasma. Acta Derm Venereol Suppl (Stockh). PMID:2528260